Madame

Mireille Béranger

Nous nous plaisions, Madame.
Vous étiez délicieuse et non pas suspicieuse.
Pour vous, j'allais cueillir la digitale pourpre,
Et dans votre maison, sur la pointe du cœur,
Je faisais mon entrée.

Nous nous plaisions, Madame.
Vous me trouviez charmante et non pas intrigante.
Pour moi, vous dérouliez des rubans de couleurs,
Des croquis d'avenir aux pigments de bonheur.
Je vous attendrissais.

Oui, je l'aimais, Madame.
Vous l'aimiez aussi. Nous avions les mêmes goûts.
Il possédait, je crois, votre sourire doux,
Enjôleur, un peu fou, lorsque de sa main blanche
Il frôlait notre cou.

Il voulait m'épouser,
Semer des astéries sur mes chemins de vie.
Vous auriez pu, bien sûr, me trouver trop légère,
Ou plutôt le contraire. Il était votre fils.
Je n'étais qu'étrangère.

Mais lorsqu'il est parti
Pour une autre que moi, nous n'avons rien compris...
Quelques années plus tard, lorsque je vous revis
Sur un quai de hasard, la digitale pourpre,
Pour vous, a refleuri.

Nous nous plaisions, Madame.
Vous étiez délicieuse, ô combien malheureuse.
Il avait disparu dans le froid de novembre,
Comme un camélia blanc au-delà des nuages,
Sans le moindre bagage...

Oui, nous l'aimions, Madame.

Ici, on lit des histoires courtes

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